LE RÉFÉRENDUM DU 4 OCTOBRE 2020

NOUVELLE CALEDONIE

La deuxième consultation référendaire prévue par l’Accord de Nouméa se fera ce dimanche 4 octobre 2020 .Cette consultation engagera à nouveau l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

Le dimanche 4 octobre 2020, les électeurs qui ont le droit de participer au référendum d’autodétermination devront répondre par Oui ou par Non à cette question : «Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?» Ils auront deux bulletins au choix.

La première consultation prévue par l’Accord de Nouméa a eu lieu le 4 Novembre 2018. Le NON à l’indépendance l’a emporté avec 56.7% or l’Accord de Nouméa posait la suite : «Si la réponse des électeurs à ces propositions est négative, le tiers des membres du Congrès [de la Nouvelle-Calédonie] pourra provoquer l’organisation d’une nouvelle consultation qui interviendra dans la deuxième année suivant la première». donc 2020. La consultation a donc été fixée au 6 Septembre puis finalement au 4 Octobre.

Au 25 août,  le nombre d’inscrits sur la «liste électorale spéciale pour la consultation», aussi appelée la LESC, était de 180 640 personnes ce qui représente deux habitants sur trois.. 34 000 électeurs n’ont pas le droit de vote à ce scrutin-là. « Seule la population «concernée» s’exprime aux référendums », décision prise après un âpre débat entre indépendantistes et loyalistes.
Au final, sur 180 640 électeurs, 96 % ont été inscrits d’office. Globalement, le nombre de Calédoniens admis au scrutin a augmenté et ce n’est pas fini. Comme la date a été décalée d’environ un mois, il restait à intégrer les «nouveaux» jeunes majeurs. Ceux qui soufflaient leurs dix-huit bougies entre le 6 septembre et le 3 octobre. 
La carte électorale distribuée depuis la mi-septembre, n’est pas obligatoire pour voter. L’indispensable, c’est une pièce d’identité avec photo. 

Pas moins de 304 bureaux de vote seront ouverts de 8 heures à 18 heures pour permettre aux électeurs d’accomplir leur devoir de citoyen. Seul le petit bureau à la tribu de Ouara, sur l’île Ouen, commencera et terminera une heure plus tôt, pour laisser le temps de ramener l’urne quel que soit l’état de la mer.

Les électeurs qui ne pourront pas voter en personne parce qu’ils seront retenus – par leur travail, des raisons de santé ou encore une absence du territoire – peuvent établir une procuration. Avec un formulaire spécial. 
Attention, les procurations faites pour le 4 novembre 2018 – un peu plus de 5 300 – ne sont plus valables pour le 4 octobre 2020.

La campagne officielle  est prévue du lundi 21 septembre au vendredi 2 octobre. Six formations politiques ont été autorisées à participer après avoir déposé un dossier auprès de l’Etat :

  • le groupe Uni, Union nationale pour l’indépendance
  • le parti Calédonie ensemble 
  • deux groupements intitulés «Les Loyalistes», 1 et 2
  • le Parti travailliste 
  • le groupe UC-FLNKS et Nationalistes

Il y a deux ans, il y en avait cinq et pas tout à fait les mêmes. Aujourd’hui, tous les protagonistes ciblent les abstentionnistes de 2018. Si 81 % des électeurs se sont rendus aux urnes, ils ont été environ 33 000 à bouder l’isoloir – plus de 19 000 dans le Sud, autour de 8 300 aux Loyauté et 5 600 dans le Nord.

Un dispositif est prévu pour veiller à la régularité et la sincérité du vote le 4 octobre. La commission de contrôle est composée de 5 membres  et est présidée par le conseiller d’Etat Francis Lamy. Pour l’aider sur le terrain pas moins de 248 délégués (membres du Conseil d’Etat, magistrats, hauts fonctionnaires) Sept d’entre eux sont dépêchés depuis Wallis. Ils vont être répartis dans les bureaux afin de superviser le vote en relais de la commission.
Côté observateurs internationaux, une mission de l’Onu est présente depuis le 1er septembre et jusqu’au 9 octobre. Douze experts menés par Tadjoudine Ali-Diabacté.
En matière de sécurité, 1 200 policiers ou gendarmes ont été annoncés le jour du vote

Si c’est Oui, la Calédonie devient un Etat indépendant. Elle doit en poser les fondements et adopter une Constitution. Mais «la France […] ne se retirera pas brutalement»: elle continuera d’assurer «la sécurité, l’ordre public, la monnaie, la justice […] pendant une période de transition […] limitée dans le temps». Les autorités «de la France et celles de la Nouvelle-Calédonie se mettront d’accord pour fixer un calendrier et les modalités du transfert des compétences de la France au nouvel État».
«Le nouvel État décidera souverainement de la manière d’exercer ces compétences.» «Conformément à l’Accord de Nouméa, le résultat de cette consultation s’appliquera globalement pour l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie.» 
A une date qui sera choisie de concert,  une loi française marquera en droit interne la fin de l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie à l’ensemble français, tandis que les autorités du nouvel Etat devront procéder à une déclaration unilatérale d’indépendance sur la scène internationale».
«Les mécanismes actuels des financements de l’Etat, reposant sur l’Accord de Nouméa, n’auront plus de fondement juridique, et seront donc caducs.
Le nouvel Etat fixera les critères qui permettent d’accéder à la nationalité, et au passeport qui ira de pair. «L’Assemblée nationale et le Sénat devront par ailleurs débattre et voter une loi pour déterminer les conditions dans lesquelles un maintien dans la nationalité française de certains ressortissants du nouvel État serait possible.»

En cas de Non le 4 octobre, la Calédonie demeure une collectivité française, Paris continue à l’accompagner, la situation des institutions et le statut de la population restent les mêmes. Les compétences déjà transférées ne sont pas récupérées, puisque l’Accord de Nouméa assure le caractère irréversible de ces transferts. Et que l’Etat continue d’apporter les financements «nécessaires à l’exercice des compétences déjà transférées».
TROISIEME REFERENDUM. C’est prévu par l’Accord de Nouméa : «si un tiers des membres du Congrès […] le demandait, à partir du sixième mois suivant le scrutin, un troisième référendum portant sur la même question sera organisé dans les dix-huit mois qui suivent cette demande. 

Marine LE PEN

« Ne pas céder à l’idée d’une indépendance déraisonnable »


Dans une vidéo diffusée sur internet jeudi 24 septembre, la cheffe de file du Rassemblement National a appelé les habitants du Caillou à « ne pas céder à l’idée d’une indépendance déraisonnable ».

Que le ‘non’ l’emporte de nouveau et vous conforterez une fois de plus, et comme vous l’avez fait dans tous les scrutins depuis 1958, l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Que le ‘oui’ l’emporte, et votre territoire quittera à brève échéance notre patrie pour accéder à une indépendance pleine d’incertitudes et lourdes de dangers et de déchirements »,
« Je vous conjure de ne pas céder à l’idée d’une indépendance déraisonnable« 
Qui peut sérieusement croire qu’un État de 300.000 habitants pourrait résister bien longtemps à l’appétit de ses très puissants voisins, qui ne manqueront pas, une fois la France partie, d’user de tous leurs moyens pour mettre la main sur vos richesses géologiques et maritimes »..


Christian JACOB

« Vous êtes une part entière du Peuple français à laquelle nous tenons »


C’est dans une lettre adressée aux Calédoniens que Christian Jacob, président des Républicains, appelle les électeurs à voter « non ». « Séparer le destin de la Calédonie de celui de la France serait un échec pour l’ensemble du peuple français, un retour en arrière, destructeur du rêve qui a bâti les trente dernières années », juge-t-il, assurant « l’attachement profond » que porte sa « famille politique » aux habitants du Caillou.

« Nous savons ici qu’aux antipodes de la métropole, dans le Pacifique, la petite patrie calédonienne
vibre aux couleurs de notre grande patrie commune, la France. Vous êtes une part entière du Peuple français à laquelle nous tenons. »


Jean Christophe LAGARDE

« C’est une part du coeur de notre nation qui bat dans le Pacifique »


Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI et Hervé Marseille Président du Groupe Union centriste au Sénat, ont également appelé les Calédoniens à voter non au référendum, dans une lettre patagée par Calédonie Ensemble.
« Nous souhaitons que le 4 octobre prochain, vous réaffirmiez le destin commun de la France et de la Nouvelle-Calédonie. Parce qu’à travers vous, c’est une part du cœur de notre nation qui bat dans le Pacifique ».
Ils appellent également au « dialogue et à la recherche de consensus » entre indépendantistes et non-indépendantistes, dès le 5 octobre, pour que « le destin commun » puisse « continuer à s’écrire, comme vous avez réussi à le faire lors des Accords de Matignon et de Nouméa », et souhaitent que l’Etat prenne « toute sa part » dans ce dialogue.


Emmanuel MACRON

« La mobilisation du gouvernement sera totale pour construire l’avenir de ce territoire »


Le président de la République a évoqué la question du référendum lors du Conseil des ministres du lundi 28 septembre. À la sortie, le porte-parole du gouvernement a affirmé qu’Emanuel Macron s’exprimerait « à la suite de ce référendum et quel que soit le résultat, évidemment, la mobilisation du gouvernement sera totale pour construire l’avenir de ce territoire »
Déjà en 2018, le chef de l’État avait attendu l’annonce des résultats pour s’exprimer : « Je veux dire la fierté pour le chef de l’Etat que la majorité des Calédoniens ait choisi la France, avait-il déclaré dans une allocution le 4 novembre 2018. En ce jour, le seul vaincu est la tentation du mépris, de la division, de la violence, de la peur. Le seul vainqueur c’est le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle-Calédonie depuis 30 ans, l’esprit de dialogue que plus rien n’entamera ».


Jean-Luc MELENCHON

« Je m’en remets à la décision des Calédoniens »






Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France Insoumise, n’a pas commenté la question du référendum en Nouvelle-Calédonie. En 2018, le député des Bouches-du-Rhône avait refusé de se prononcer en faveur ou non de l’indépendance. « Je m’en remets à la décision des Calédoniens », avait-il affirmé sur le plateau de l’émission de France 3 Dimanche en Politique, avant de nuancer : « si je faisais parler mon coeur, je dirais ‘restons ensemble' »







Carles PUIGDEMONT

« Oui à l’indépendance de la Kanaky »




Dans une vidéo relayée sur Twitter le 26 septembre, Carles Puigdemont, leader indépendantiste de la Catalogne, appelle en français ses « chers amis de Kanaky » à voter « oui » à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. « Je vous soutiens, il y a beaucoup de Catalans qui sont à vos côtés », lance Carles Puigdemont aux habitants de « la Kanaky qui a le droit de devenir un état libre, un état indépendant et d’appartenir à la famille des nations libres du monde. Vous aurez toujours le soutien du peuple catalan et mon soutien en particulier ».







Oscar TEMARU

« Le 4 Octobre, nous gagnerons tous. La victoire de la Calédonie, ce sera aussi la victoire de la Polynésie »


Je regrette sincèrement de ne pas être des vôtres pour cette campagne du référendum du 4 octobre », lance Oscar Temaru pour débuter un message vidéo daté du 18 septembre, évoquant les restrictions liées au coronavirus. En 2018, le leader indépendantiste polynésien s’était rendu sur le Caillou. L’ancien président de la Polynésie réaffirme sa « solidarité » et son « soutien » aux indépendantistes « pour ce référendum, en pensant aux martyrs, à tous ceux qui sont morts pour ce combat, pour cette lutte », évoquant notamment Jean-Marie Tjibaou, leader kanak assassiné un an après la prise d’otages sanglante de la grotte d’Ouvéa. 
« Si le 4 octobre, les résultats sont positifs, la Nouvelle-Calédonie, ce nouvel Etat, continuera à négocier des accords de coopération avec la France, partenaire historique. La France, qui devra assumer ses responsabilités, ses obligations morales après l’accession de cet Etat à la plein souveraineté », prédit Oscar Temaru. « Si on veut que la Nouvelle-Calédonie demain soit un pays prospère, un pays où il fait bon vivre ensemble, avec toutes les communautés (…), c’est ensemble que nous devons construire l’avenir de ce magnifique pays qu’est la Nouvelle-Calédonie. »


Moetai BROTHERSON


« Ça fait très longtemps qu’on partage cette lutte pour la liberté, pour l’auto-détermination« 


Dans une vidéo publiée le 25 septembre, le député de Polynésie rappelle son soutien aux indépendantistes de « Kanaky »« Nous, en Polynésie, on est spectateurs, on vous observe de loin, ajoute l’élu rattaché au Tavini Huiraatira No Te Ao Maohi. Nos luttes pour les indépendantistes sont parallèles depuis la nuit des temps. » « Ça fait très longtemps qu’on partage cette lutte pour la liberté, pour l’auto-détermination. »

Moetai Brotherson évoque d’ores et déjà l’après, « au lendemain de ce deuxième référendum (…) si le ‘oui’ l’emporte, les loyalistes resteront loyalistes pendant un certain temps, si le ‘non’ l’emporte, les indépendantistes seront toujours là. La revendication indépendantiste sera toujours là. Il faut apprendre à vivre ensemble, vous le savez mieux que moi. » « Il ne s’agit pas d’exclure qui que ce soit, il s’agit de construire ensemble. » L’indépendantiste polynésien conclut : « Évidemment, je souhaite que le ‘oui’ l’emporte et, si possible, très largement. »

En 2018, il avait participé à la campagne de terrain pour le « oui » avec les leaders indépendantistes du FLNKS. La situation sanitaire, dit-il, ne lui a pas permis de renouveler l’expérience en 2020.