NOUVELLE-CALEDONIE

LA NOUVELLE CALÉDONIE ?

La Nouvelle-Calédonie, c’est un archipel  du Pacifique Sud qui baigne à l’est de l’Australie, au nord de la Nouvelle-Zélande et à l’ouest du Vanuatu et des îles Fidji. Sa capitale Nouméa se trouve à près de 17 000 km de Paris.

Sa population de 270 000 habitants est répartie sur trois provinces : celle du Nord, celle du sud et les îles Loyauté (Lifou, Maré, Ouvéa et Tiga).

HISTOIRE

Française depuis 1853, la France de Napoléon III, y a installé un bagne, réparti sur plusieurs sites et accueillant des condamnés politiques et de droit commun. Ces derniers ont contribué à la construction des routes et des bâtiments. Des autochtones Kanaks ont été déplacés dans des réserves réparties sur l’ensemble du territoire.

Après l’échec des révoltes kanakes, de 1878 et de 1917, un mouvement de revendication séparatiste s’organise à l’orée des années 1970. Les tensions communautaires s’accentuent et explosent finalement dans les années 1980, où une quasi guerre civile fait quelque 70 morts.

En mai 1988, 23 gendarmes sont pris en otage par des indépendantistes et l’assaut de la grotte d’Ouvéa pour les libérer fait 21 morts. Cet épisode fait l’effet d’un électrochoc dans l’archipel et ouvre la voie à un travail de réconciliation.

Dès juin 1988, les indépendantistes et les loyalistes signent, à Paris, les accords de Matignon, qui prévoient notamment l’organisation d’un référendum d’autodétermination dix ans plus tard.

En 1998, l’échéance est remise à plus tard. Avec l’entremise de l’Etat, les deux camps s’entendent sur un nouveau processus de décolonisation par étapes sur vingt ans, formalisé par l’accord de Nouméa. Ce texte fondateur, approuvé par 72% des Calédoniens lors d’un référendum, institue une citoyenneté calédonienne et permet des transferts progressifs des compétences non régaliennes. Surtout, il prévoit l’organisation d’une consultation populaire d’autodétermination entre 2014 et 2018.

5 juin 1998 poignée de mains entre l’indépendantiste Roch Wamytan (à gauche) et le non-indépendantiste Jacques Lafleur après la signature d’un accord à Nouméa en présence du 1er ministre Lionel Jospin.

Trente ans après les accords de Matignon, nous y voilà. Les Calédoniens sont appelés à répondre à la question suivante :

Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?

LES FORCES POLITIQUES EN PRÉSENCE

L’instance législative locale : le Congrès de Nouvelle-Calédonie est dominée par les non-indépendantistes avec 29 membres sur 54. Ils mènent campagne sur le terrain autour de slogans tels que « La France est une chance » ou « Pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix »

Les indépendantistes dominés par le FLNKS (qui regroupe 4 partis politiques)disposent de 25 élus sur 54 au Congrès de Nouvelle-Calédonie et  appellent le « peuple kanak » à « conclure un combat qui dure depuis 164 ans ».

Plus radical et très minoritaire, le Parti travailliste prône, lui, « une non participation massive » au référendum, qu’il juge trop ouvert aux non-Kanaks. 

Dans une enquête réalisée à la mi-septembre par l’institut Harris interactive pour France Télévisions, 66% des personnes exprimant un choix de vote sur le référendum déclaraient leur intention de glisser un bulletin « Non » dans l’urne, quand 34% privilégiaient le « Oui » en faveur de l’indépendance.

Même s'ils ne parviennent pas à l'emporter, les indépendantistes ont réussi à mobiliser dans leur fief.

Oui 43,60% - Non 56,40% - Blancs : 0,72% - Nuls : 0,81% - Participation : 80,63%

Dimanche 4 Novembre 2018

Vingt ans après la signature de l’accord de Nouméa, la Nouvelle-Calédonie s’est prononcée, dimanche 4 novembre, par référendum sur son autodétermination, étape majeure du processus de décolonisation de cette collectivité territoriale du Pacifique Sud contrôlée par la France depuis 1853.

Pour cette élection, le premier enseignement notable est la forte participation: 80,63% . En effet Les Calédoniens se sont massivement déplacés, avec des bureaux de vote pris d’assaut, où il fallait parfois attendre plusieurs minutes pour pouvoir voter. Une participation  largement supérieure à celle enregistrée pour les élections provinciales en 2014 (58,19%).

Le deuxième enseignement c’est que,  même s’ils ne parviennent pas à l’emporter, les indépendantistes ont réussi à mobiliser dans leur fief. 43.60% c’est plus que ce que prévoyait les sondages. La province Nord de la Grande Terre (40 000 électeurs inscrits) a largement voté « oui » à l’indépendance avec 76,98% des voix contre 23,03% des voix pour le « non ». La province des îles (22 200 électeurs inscrits) a elle aussi voté « oui » à l’indépendance, avec 82,18% des voix.

Et puis c’est sans surprise que le « non » l’emporte avec 56.40% même si même si le résultat est plus serré que ce que prévoyaient les sondages. Un sondage publié début octobre par Nouvelle-Calédonie la 1ère donnait le « non » largement vainqueur avec 66% des voix.

Malgré ces résultats, la question de l’indépendance n’est pas close. Comme le prévoit l’accord de Nouméa signé en 1988, deux autres consultations sur l’indépendance sont possibles dans les quatre prochaines années. Des élections provinciales sont maintenues pour mai 2019. Si un tiers des membres du nouveau congrès (assemblée calédonienne) élu demandent un deuxième référendum, cette consultation devra être organisée dans les dix-huit mois suivants.

EXTRAITS DE L'ALLOCUTION DU PRÉSIDENT MACRON.

« Ce jour était le rendez-vous que le Calédoniens  et l’état s’étaient donnés à eux-mêmes pour surmonter les divisions. Je veux relever ici la promesse tenue depuis trente ans sans considération des changements de majorité à Paris ou en Nouvelle-Calédonie. J’ai en mémoire ce jour le rôle de chacun des responsables politiques qui ont marqué ce chemin de leur emprunt  indélébile.

Avec le gouvernement nous avons tenu à la stricte neutralité de l’état dans cette consultation et à la plus grande transparence de l’ensemble du processus  électoral. Nous avons garanti la loyauté  et la sincérité de ce scrutin qui s’est fait sous le regard d’observateurs envoyés par l’organisation des états-unis et les pays voisins.

Les électeurs ont pu choisir souverainement  en connaissance de cause la relation entre la Nouvelle Calédonie et la France. Ils se sont exprimés aujourd’hui majoritairement pour que la nouvelle Calédonie reste Française. Je dois d’abord dire l’immense fierté que nous ayons ensemble passé cette étape historique je veux aussi dire, la fierté pour le chef de l’état que la majorité des calédoniens aient choisi la France c’est pour nous une marque de confiance dans la république française dans son avenir et dans ses valeurs. Cette fierté chacun peut la ressentir et la partager.

En ce jour le seul vaincu est la tentation du mépris de la division de la violence de la peur. Le seul vainqueur c’est le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle Calédonie depuis trente ans l’esprit de dialogue que plus rien n’entamera, l’esprit de responsabilité qui a conduit à une participation exceptionnelle des calédoniennes et des calédoniens. Je mesure la déception de ceux qu’anime la volonté de l’indépendance. Ils ont pu l’exprimer dans les urnes et à ceux -là je veux dire que l’état est engagé aux côtés de la Nouvelle-Calédonie pour garantir dans la durée la dignité de toutes les composantes de la société autour des valeurs de liberté, d’égalité et de Fraternité .

A présent  j’invite chacun à se tourner vers l’avenir, j’invite chacun à se saisir des responsabilités exceptionnellement  larges reconnues aux intenses locales pour construire la Nouvelle-Calédonie  forte de son histoire et tournée vers demain. J’invite chacun à inscrire la Nouvelle-Calédonie  tout à la fois dans la république et dans le destin Océanique et Indo-Pacifique  qui est le sien.

Mes dames et Messieurs, mes chers compatriotes au plan politique il n’y a pas d’autre chemin que celui du dialogue. Le gouvernement proposera aux forces politiques de Nouvelle-Calédonie de se réunir dans les prochaines semaines. Des échanges seront entrepris dès demain par le premier ministre qui se rendra avec la ministre des Outre-mer en Nouvelle-Calédonie. Nous poursuivrons.

Une nuit ponctuée d’incidents isolés

  • une maison coloniale située au centre-ville de Nouméa s’embrase: il s’agit de l’ancienne animalerie de l’avenue Foch, proche de la place des Cocotiers et de l’hôtel de ville.
  • la route provinciale seule à desservir la partie Sud de la ville et Yaté est fermée à la circulation.
  • caillassage subi par la police municipale de Nouméa après l’arrestation d’une personne qui brûlait un drapeau français
  • Dans le secteur de Montravel, ce sont huit véhicules qui ont été brûlés sur le parking sous douane d’un concessionnaire automobile situé à l’emplacement de l’ancien Imperial.
  • feux de poubelle, à Rivière-Salée.
  • un tractopelle incendié à la sortie du village, dans le quartier d’Ondémia.

LUNDI 5 NOVEMBRE

La situation est toujours extrêmement tendue sur la RP1 au niveau Tabor à Saint-Michel. Sur le bord de la route, qui est bloquée dans les deux sens depuis dimanche soir, les habitants, stupéfiés, photographient et filment les interventions des forces de l’ordre et blindés de gendarmerie qui tentent de rétablir le calme. 

Le programme des entretiens politiques d'Edouard Philippe

Edouard Philippe est arrivé au Haut-Commissariat

L'arrivée au Haut-Commissariat de la délégation des Républicains Calédoniens.

Arrivée au Haut-Commissariat de la délégation UC-FLNKS

L'arrivée au Haut-Commissariat des parlementaires Calédonie Ensemble venus rencontrer Edouard Philippe

RÉACTIONS

Christian KAREMBEU

« Il faut d’abord remettre l’histoire en place, depuis le début jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi existe-t-il une envie d’indépendance ? Je crois que la France le sait très bien. Cela fait partie du processus, depuis les accords de Matignon [en 1988] et ceux de Nouméa [en 1998] jusqu’à aujourd’hui, tout a été signé par les différentes parties. Aujourd’hui, le mot « indépendance » est obsolète. On va être indépendant de quoi ? L’idéologie au départ est de rendre le pays aux natifs. Mais aujourd’hui, on a une nouvelle génération de l’internet, qui n’a pas connu les violences et cette envie d’indépendance, d’émancipation culturelle et identitaire. Le mot « indépendance » est périmé aujourd’hui. »


Charles WASHETINE

Le porte-parole du parti de la Libération Kanak,considère que c’est une bataille de longue date, c’est depuis 56 qu’on se bat  pour l’accession du pays à la pleine souveraineté. Les étapes d’aujourd’hui nous permettent  de dire qu’effectivement il y a des acquis et donc on s’en félicite.

Je suis optimiste quant à la progression du vote indépendantiste. Il y a certainement un vote pas forcément Kanak qui a voté pour l’option indépendantiste. Il est temps que les uns et les autres se prennent en main. La seule option aujourd’hui c’est l’indépendance du pays. Les chiffres étaient avancés jusqu’ici avec un rapport 70/30. Ces résultats sont pour nous déjà une victoire.

Virginie Ruffenach, au nom du Rassemblement-Les Républicains, estime que le corps électoral, comme le résultat, sont incontestables.

C’est la proposition de la sagesse et de la responsabilité. Nous avons ce vote, construisons demain. C’est une expression des Calédoniens qui ne doit pas être confisquée. On ne doit pas s’asseoir dessus.

Pour Sonia Backès, c’est la première fois depuis que la revendication indépendantiste est née, que les Calédoniens s’expriment.Pour Sonia Backès, c’est la première fois depuis que la revendication indépendantiste est née, que les Calédoniens s’expriment.

C’est la première fois qu’on passe d’une Calédonie française subie, à une Calédonie française choisie.

Pour Roch Wamytan, chef du groupe UC, FLNKS au Congrès ,la participation massive est une bonne chose.

On nous disait que les jeunes Kanak contestaient leurs aînés, c’est le contraire. C’est le côté positif de ce scrutin. C’est déjà une victoire pour nous, ce n’était pas gagné d’avance.

Philippe Dunoyer, de Calédonie Ensemble, estime que c’est un nouveau départ.

L’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie doit se fonder à partir de cet événement historique. L’Accord de Nouméa existe, il n’est pas question de changer quoi que ce soit d’autorité. Nous proposons de tirer les enseignements de cet événement historique.

« Par cette refondation souveraine issue des urnes, les Calédoniens ont clairement exprimé un choix en faveur d’un avenir français. Ce formidable attachement des Calédoniens à la France doit se traduire très vite par la proposition d’un nouveau texte qui ancrera définitivement la Calédonie à la France et à la République française dans un esprit de rassemblement et de réconciliation.»

« Il y avait une aspiration très forte à rester dans le modèle français, ce qui prouve que quand même le modèle français, qui est si souvent contesté, a du bon. (…) Il faut leur donner plus d’autonomie encore dans le domaine du développement économique, en particulier en laissant la Nouvelle-Calédonie –mais les revendications sont les mêmes dans les Antilles– conclure des accords commerciaux avec les pays de cette zone. »